« Si Donald Trump est réélu, ce sera la guerre des milices » craint l’universitaire Dr Cheikh Nguirane

Article de du mardi 3 novembre 2020

Dans quelques heures les États-unis connaîtront leur nouveau président. le Républicain Donald Trump, le sortant, est face au démocrate Joe Biden. Depuis des semaines ils se livrent une bataille féroce avec au coeur des débats la sécurité nationale. Analyse de l’universitaire Dr Cheikh Nguirane.

Le docteur Cheikh Nguirane est maître de conférences en civilisations du monde anglophone. Son analyse  en 7 questions.

Cheikh Nguirane

Dr Cheikh Nguirane, maître de conférences en civilisation du monde anglophone, Université des Antilles. Analyse présidentielle USA 2 novembre 2020.



©RS

Quels sont les enjeux de ce scrutin ?

Cette élection peut d’ores et déjà être qualifiée d’historique. Le résultat sera conséquent à la fois pour l’avenir de la nation américaine mais aussi pour l’ordre mondial.


On a subi l’élection de Donald Trump depuis 2016 avec une polarisation accrue de la société américaine sur le plan social, politique et religieux. Mais aussi on a assisté à un « unilatéralisme » de plus en plus affirmé sur le plan international. Les USA se sont retirés ces derniers temps de l’UNESCO, de l’OMS mais aussi du conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

Aujourd’hui élire Joe Biden ou Donald Trump c’est choisir entre une Amérique au suprémacisme blanc et au populisme accentué par les réseaux sociaux, face à une Amérique plus démocratique et plus inclusive. C’est aussi choisir entre un style de gouvernance unilatérale, c’est-à-dire où Donald Trump veut tous les pouvoirs et un autre style de gouvernance respectueuse de la séparation des pouvoirs et des instances fédérales. 

Trump se considère comme le candidat de la loi et de l’ordre !


Joe Biden, lui s’est prononcé en faveur du mouvement « black lives matter » ! Cette position du candidat démocrate peut profiter à son adversaire.

⇒L’ordre publique au coeur de la campagne présidentielle

La question de l’ordre public préoccupe la plupart des américains. C’est une donnée essentielle car cela veut dire que même chez les démocrates certains sont capables de voter pour Trump pour cette question de la sécurité.


Il y a donc deux clans qui s’affrontent. Celui d’une Amérique blanche et qui a peur de perdre ses privilèges et celui d’une Amérique plurielle où la question des inégalités est dénoncée.

Là-dessus, un autre argumentaire vient brouiller les pistes. Celui-ci est religieux. Sur ce point, la communauté noire américaine est divisée. Et c’est ce sur quoi joue Donald Trump. Il exploite cette bipolarisation et c’est en sa faveur. Actuellement il y a une partie de la population noire qui marque son soutien à Trump du point de vue de la religion.

Et dans le même temps Trump promet de mettre en place des mesures qui iront « dans le sens des noirs ». Trump peut ainsi profiter des failles du parti démocrate mais aussi profiter des fausses informations diffusées par ses soutiens.


 

La question raciale bipolarise-t-elle le débat ?

Effectivement cette question est au centre de la campagne. Rappelons qu’en 2016, Donald Trump avait commencé sa campagne sur ce thème. Il faisait partie des premiers à dire que Barack Obama n’était pas né sur le sol américain. Donc Donald Trump était très actif sur ces questions et quand il est devenu président ses idées n’ont pas changé.

Donc, quand Joe Biden a décidé de nommer l’afro-américaine Kamala Harris, comme sa Vice-Présidente, on a vu les accusations des partisans de Donald Trump; « Elle n’est pas née américaine authentique« , disent-ils ! Elle est indienne d’un côté, jamaïcaine de l’autre et ça aussi ça joue, car certains blancs démocrates vont voter pour Trump parce qu’ils ont peur. Et puis il y en a d’autres qui ne se reconnaissent tout simplement pas dans l’image de cette femme noire. 


 

Quelles sont les différences fondamentales entre les programmes des deux candidats ?

Il y en a beaucoup. D’abord les USA ont été longtemps divisés entre Démocrates et Républicains. Et cela date de la guerre de sécession et on le voit aujourd’hui encore avec le contrôle de certains États tantôt démocrates, tantôt républicains.

Mais la différence fondamentale, à mon sens se trouve au niveau de la question sécuritaire. Donald Trump s’autoproclame comme « le candidat qui va sauver l’Amérique contre les dangers qui la guettent ». Et ces dangers sont les « mouvements antifascistes ».

Joe Biden, lui voit dans l’argumentaire de Donald Trump, celui des suprémacistes blancs qui veulent miner la démocratie du pays.

Et puis bien sûr il y a l’économie qui est un sujet brûlant.


Donald Trump est issu d’un milieu d’entrepreneurs donc il a une vision très « homme d’affaires » de l’économie. Sa vision est marquée par le protectionnisme surtout. Il va s’attaquer à la Chine, augmenter les tarifs douaniers, imposer des lois aux États avec lesquels les USA échangent. Il va donc brouiller les pistes de la diplomatie internationale.

De l’autre côté Joe Biden est dans le multilatéralisme. Il veut s’ouvrir au reste du monde, signer des accords, intégrer les organismes internationaux. C’est l’opposé de l’unilatéralisme affiché par Trump.

Trump ferme la porte aux étrangers parce que son slogan c’est, il ne faut pas l’oublier : « make América great again ». C’est-à-dire revenir sur les fondamentaux des États-Unis et développer cette estime que l’Amérique a perdue.


 

En quoi les mouvements « black lives matter » et « all lives matter » sont-ils symptomatiques de la scission de ce scrutin ?

C’est une question très importante et pour y répondre permettez- moi de faire un petit rappel historique. L’abolition de l’esclavage aux USA ne s’était pas accompagnée d’une exigence de justice sociale. Mais d’une ségrégation de fait. Et à la sortie de la guerre civile, un arsenal juridique avait été mis en place notamment dans les États du Sud, les plus ségrégationnistes. C’est là que se sont développées les pratiques d’intimidations envers les noirs, avec le Ku Klux Klan en tête.

Dans les années 60, Lyndon Johnson promulgue une loi interdisant, entre autres, les discriminations dans l’exercice du droit de vote. 55 ans après l’adoption de ces lois, les administrations républicaines successives ainsi que les gouverneurs républicains, continuent de voter des mesures pour entraver la participation active des noirs et des autres minorités aux élections.


L’entrave au droit de vote est de notoriété publique et se fait de plus en plus vive.

De plus, Donald Trump a décomplexé le racisme envers les noirs. Il a légitimé le Ku Klux Klan et pendant son dernier débat contre Joe Biden, Donald Trump a appelé ses soutiens avec ce slogan : « stand back stand by » en clair tenez-vous prêts ! C’est ce qu’on appelle le mouvement « proud boys », les garçons fiers. Un mot d’ordre en réponse au mouvement « black lives matter ».

D’ailleurs, le FBI alerte depuis l’élection de Trump sur la montée des extrémismes des suprémacistes blancs. C’est un vrai terrorisme intérieur.


 

Quel est l’ambiance dans l’électorat états-unien ?

C’est la peur ! Car si Donald Trump est réélu, ce sera la guerre des milices. Milices des pro « black lives matter » contre milices des  » proud boys ». Ils se sont préparé en conséquence. Et les Américains ont peur ! certains quittent le pays. Il y a des peurs énormes d’insurrection. D’ailleurs la vente des armes a augmentée. Les techniques d’intimidations ont même déjà commencé.


 

Pourquoi le risque de contestation de l’élection jouerait en faveur de Donald Trump ?

Tous les spécialistes le disent…Il y a des risques que cette élection soit contestée par le président sortant ». Si c’est le cas, la cours suprême devra trancher. Hors celle-ci est aujourd’hui dirigée par les Républicains.


De plus les risques de fraudes sont très importants.


 

Quel impact pourrait avoir cette élection sur la Région Caraïbe ?

La réélection de Donald Trump peut avoir un impact certain sur la Caraïbe. Les mouvements identitaires actuels sont partis de Martinique c’est vrai, mais tout ce qui se passe aux USA a un écho international. Ces mouvements sont de plus en plus nuisibles à cause des Réseaux Sociaux. Donc l’élection aux USA peut calmer ou embraser ces mouvements.


 


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